Respect

Dans notre précédente newsletter, je m’étais expliqué sur le fait que la Charte à laquelle chacun souscrit au sein du RHB fait valoir la nécessité d’être authentique. Cette fois, j’en viens à un autre point fondamental de notre charte RHB, celui du respect.

Un cercle d’hommes est un lieu privilégié où chacun vient déposer. À l’inverse de ce qui se passe dans la vie quotidienne, que ce soit dans notre univers professionnel, amical ou même familial, je quitte mes défenses, ma façon habituelle de me présenter et de me comporter, bref, j’ôte mon armure et je me livre en toute simplicité tel que je suis, sans plus aucun artifice. Si je le fais, c’est parce que dans ce lieu privilégié que constitue le groupe, j’ai l’assurance que je serai respecté. Sans cela, je ne me risquerais pas à pareille audace.

Ce respect dans un groupe est un engagement qui s’articule autour de trois piliers.

I. L’acceptation inconditionnelle : « J’accepte l’autre tel qu’il est, sans jugement »

Dans le monde extérieur, je subis sans cesse le contrôle d’autrui en étant évalué au gré de mes performances, de mon statut, de mon apparence ou de ma fonction. Dans le groupe, cette échelle de mesure n’existe plus. Je n’ai plus de comptes à rendre à personne. Au-delà de mon identité d’homme en action au travail ou dans ma vie privée, je me présente sans plus d’étiquette, simplement comme l’homme que je suis au creux de mon intériorité.

Lors des rencontres de mon groupe, je demande à être accepté tel que je suis : avec mon histoire, mes blessures, mes contradictions. Je ne demande ni conseils, ni d’être considéré ou jugé. Moi-même, je m’abstiens de tout jugement, car je sais qu’il est souvent le signe de mes propres résistances et qu’en jugeant l’autre, je ne chercherais qu’à me rassurer. J’ai à mettre de côté cette tentation de commenter le récit de l’autre, lui offrant ainsi l’occasion de se livrer au regard du groupe et de son propre regard dans une redécouverte de lui-même.

D’où l’importance de l’écoute dans un groupe. L’écoute sans jugement ne signifie pas que je suis d’accord. La question n’est pas d’être d’accord ou non. Ici, écouter, c’est laisser à l’autre l’occasion de se dire pleinement. Lorsque j’écoute ou que je suis écouté, il ne s’agit pas de corriger un parcours de vie ou de relativiser les émotions ressenties par des interventions inutiles, mais d’accueillir ce que l’autre livre ou ce que j’ose dire. Se raconter, c’est livrer sa vérité brute, unique et légitime. Il n’y a aucun intérêt à évaluer si mon histoire de vie est en phase de progression ou non. Elle est, tout simplement, et elle a droit au respect.

II. Le sens de la réciprocité : « Je ne fais pas à l’autre ce que je ne veux pas qu’on me fasse »

Le cercle est un jeu de miroirs. La qualité de l’espace que je contribue à créer est celle dont je bénéficie moi-même lorsque mon tour viendra de prendre la parole. Si j’apprends à écouter patiemment l’autre, lui-même prendra le temps de m’écouter.

Deux attitudes favorisent mon écoute. D’abord, si moi-même je souhaite être écouté sans être interrompu, je me dois d’offrir un silence absolu à celui qui prend la parole. Ensuite, si je souhaite que mes confidences restent dans l’intimité de ce groupe, je m’engage moi-même à une confidentialité sans faille.

Mais est-ce à dire que mon seul silence est suffisant? Une réunion de groupe consisterait-elle en une suite de longs monologues? Non, bien sûr. Écouter n’est pas une forme de passivité. D’abord, je m’efforce de ne pas préparer une réponse pendant que l’autre parle, ce qui, en soi, demande une certaine discipline. Je lui offre mon attention totale en me portant sur son centre d’intérêt et non sur la réaction que j’aurais tendance à manifester. À l’inverse, ne pas porter mon attention et le faire voir est blessant et irrespectueux vis-à-vis de l’autre, car je sais combien il est douloureux de parler devant des regards distraits.

Enfin et surtout, il y a lieu de m’abstenir de donner des conseils non sollicités. Tout comme je ne voudrais pas qu’on balaie mes émotions avec des solutions toutes faites, je m’abstiens de conseiller. Je témoigne simplement de ma présence.

III. Refuser le jeu de la domination : « Je ne viens ni pour dominer, ni pour être dominé »

Le cercle d’hommes est une représentation de l’égalité. Contrairement à la pyramide sociale habituelle, ici, aucun sommet ne surplombe la base. Chaque point de la circonférence est à égale distance du centre. Le cercle d’hommes est pour moi l’occasion exceptionnelle de sortir des jeux de pouvoir. En tant qu’homme, j’ai souvent été contraint d’être confronté au jeu de la compétition. Le cercle m’invite à désapprendre ce conditionnement.

Dominer peut prendre plusieurs formes : monopoliser le temps de parole, utiliser un ton professoral, ou chercher à impressionner par mon récit. Ici, l’échelle des valeurs change : ce qui compte réside dans la vérité de mon vécu et pas dans l’ascendant que je tenterais de prendre sur le groupe.

Ne pas être dominé est tout aussi crucial, et il y va de la responsabilité de chaque participant du groupe. J’ai le devoir d’occuper dans le groupe ma juste place. Je n’ai pas à me sentir « petit » ou illégitime. Ma parole a autant de valeur que celle des autres hommes de mon groupe, y compris celle de l’homme le plus expérimenté ou le plus loquace du groupe.

Conclusion

Partager entre les membres du groupe la valeur du respect offre à celui-ci les conditions favorables de sécurité psychologique d’un cercle de parole. C’est dans cette atmosphère de confiance que les masques tombent. Quand j’accepte l’autre, quand je pratique la réciprocité en honorant l’égalité, je contribue à faire naître de la fraternité.

Songeons avant tout que dans le cercle, nous ne sommes pas là pour nous améliorer, mais pour nous rencontrer.

Jean-Claude Berlage

Membre de l’OA du RHB