J’ai envie de vous proposer de fermer les yeux pour ressentir pleinement le texte qui suit mais ça va compliquer votre lecture, alors laisser venir avec les yeux ouverts :
« C’est une de ces magnifiques journées avec un soleil éclatant. Un ciel bleu parsemé, peut-être, de quelques nuages blancs. Une journée où l’on va se promener, légèrement vêtu, les mains dans les poches, une brindille d’herbe dans la bouche. On fait confiance au soleil, on a le cœur joyeux, l’envie de chanter.
Tout à coup, on est surpris par une très forte pluie, de grosses gouttes froides qui font un vacarme infernal en tombant. On prend peur : on en oublie la brindille d’herbe, le cœur joyeux, la chanson fredonnée. On se sent démuni, on essaye de se protéger, on court dans tous les sens…
Ensuite, on essaye de se calmer. On cherche les avantages à la situation : la pluie rafraîchit, le bruit est comme une musique de fête, le corps apprécie cette douche naturelle… On pense alors que c’est une belle situation, on trouve ça original même gai, pour quelques temps.
Plus ou moins vite, selon les circonstances, on se rend compte qu’on est trempé jusqu’aux os. A partir de ce moment-là, on se met à attendre. On attend. On attend qu’une seule chose : que ça s’arrête !
Après la pluie,
Parfois on voit tous les dégâts causés. Parce que la pluie était trop forte. Parce que la pluie a duré trop longtemps. Avec le cœur gros, on reproche à la pluie d’être tombée.
Parfois on peut admirer un arc-en-ciel, respirer l’odeur de l’herbe mouillée, regarder sortir les animaux. Avec un petit sourire aux lèvres, on se sent joyeux et on profite du calme revenu.
Parfois on se désole devant les champs mouillés, parfois on se réjouit devant le retour du soleil. Cela dépend de la force de la pluie, de la durée de la pluie… et aussi de notre regard sur la vie ! »
La question qui me vient après ce texte que j’ai écrit lors d’un épisode très chamboulé de ma vie en 2002, c’est comment faites-vous pendant la pluie ? Parce que l’après-pluie, le retour de l’arc-en-ciel, la joie du ciel bleu, ça me semble la phase simple et agréable. Mais…. Pendant !… Que fait-on pendant qu’il pleut ? Car sincèrement, on ne va pas se mentir, parfois il pleut trop longtemps ! Parfois la pluie est de la grêle qui détruit… et osons le dire franchement, elle détruit parfois tout ! Vraiment tout !
Comment faites-vous quand vous êtes trempé jusqu’aux os, impuissant face aux eaux dévastatrices ? Comment faites-vous quand votre « plus cher » se fait détruire sans rien pouvoir sauver ? Parce qu’à ce moment-là, c’est difficile de voir le positif de la situation, ou même de se suffire d’un « sois optimiste, le soleil finit toujours par revenir », n’est-ce pas ?
Personnellement, je me rends compte que la seule réponse que je trouve à ce moment-là c’est « J’attends ». Ok, j’attends. Mais qu’est-ce que c’est qu’attendre ? Qu’est-ce qu’on fait (ou pas) pendant qu’on attend ? Est-ce un état qui occupe l’être tout entier ? Que fait le corps pendant que j’attends ? Et que fait l’esprit, que fait le cœur ? Et qu’est-ce qu’on attend exactement ? Que la pluie s’arrête, que le soleil revienne, que l’on puisse calculer les dégâts, recommencer à faire, reconstruire, avancer… ? Et là, à nouveau me revient le réflexe de « je suis prête pour l’après » ! Mais pendant ?
… Depuis quelques années, tout de même, j’observe ce qui se vit en moi pendant cette période plus sombre, plus difficile, et je constate que l’attente n’est pas un état neutre. Il y a tout un tas d’émotions qui surviennent, souvent les émotions dites « négatives » ou « désagréables ». Et je constate que me permettre de plonger dedans, de les laisser me traverser (par le ressenti dans le corps, la capacité à les nommer, et surtout l’accueil sans jugement) rend l’attente beaucoup moins passive. Et beaucoup plus apprenante de qui je suis. Le fait d’observer cela en moi me permet aussi de moins focaliser sur l’élément extérieur « pluie » (situation, personne, …) et de revenir à moi, même si, il faut l’avouer, ce n’est pas toujours très agréable. Je reviens à ce qui se vit en moi, même si c’est douloureux. Parce que c’est la seule voie pour ensuite aller de l’avant toute entière, ni victime, ni en mettant la faute sur la pluie. Juste remuée par cette expérience de vie.
Cette posture d’observation demande un grand courage : celui de s’arrêter dans l’instant présent et de ne pas chercher directement des solutions. De rester pleinement « pendant ».
Et si, finalement, la question à vous poser n’était pas tellement « Qu’est-ce que vous faites ? » mais plutôt « Où êtes-vous pendant la pluie ? ». Parce qu’attendre, serait plutôt de l’ordre de l’être que du faire, non ? Qu’en pensez-vous ? Avez-vous déjà tenté l’expérience de rester « dedans » simplement ?
Geneviève Bozet
Accompagnements & Transmissions
www.libreenergie.be


