C’est quoi, être un homme ? Qui suis-je en tant qu’homme ? C’est comment, d’être un homme ?
La représentation imaginaire que j’ai de l’homme, c’est celle de celui qui, il y a des millénaires, allait chasser le mammouth pendant que la femme restait dans la grotte à cuire le produit de la chasse et à s’occuper des enfants. L’image un peu moins imaginaire, car documentée et plus proche de nous, c’est celle de l’homme qui travaillait, ramenait l’argent au ménage, votait, conduisait, ouvrait un compte en banque, tandis que la femme a dû se battre pour obtenir ces différents droits. Et ce n’est pas le cas aujourd’hui dans tous les pays.
Une part de moi appartient à cet héritage-là, à ces représentations anciennes qui ont façonné ma vision de l’homme.
Et pourtant, cet homme-là n’est plus celui que j’ai envie d’être.
Il ne correspond plus à ma conscience actuelle, ni à l’idée que je me fais d’une relation juste et équilibrée entre êtres humains. Je sens une distance entre ce que j’ai appris à être et ce que je souhaite devenir. Il existe un décalage entre mes valeurs profondes et les modèles qui m’ont été transmis.
Je me rends compte que, malgré ma volonté d’avancer autrement, certaines images archaïques subsistent en moi : celles de l’homme fort, qui protège, qui ne flanche pas, qui garde le contrôle. Comme si ces traces anciennes demeuraient actives dans mon inconscient, influençant parfois ma manière d’agir, même lorsque j’aimerais m’en défaire.
J’avoue ne pas avoir la réponse sur qui je suis, comment je dois me comporter et ce que représente un homme. J’ai la sensation qu’il existe une sorte de dissolution entre l’homme et la femme. Nous sommes pareils. Chacun peut faire le métier et accomplir la tâche de l’autre. Nous avons les mêmes droits et devoirs. Sur papier, c’est splendide, et j’adhère à cette vision.
Pourtant, mes yeux ne voient pas cela. Ils voient des femmes qui sont obligées de se parer d’attributs masculins pour exister, et des hommes qui font de même avec des attributs féminins. Et au final, cela donne des hommes et des femmes qui ne savent plus vraiment qui ils sont.
Et c’est là que réside peut-être la beauté : être perdu. Se poser ces questions dont nous n’avons pas forcément les réponses. L’évolution se situe à ce niveau : être en perpétuelle recherche de qui nous sommes, de ce que nous pouvons apporter à ce monde en tant qu’homme — à titre individuel et collectif. Et si, finalement, le but de ces cercles de parole réservés aux hommes, afin qu’ils puissent parler librement, se trouvait dans cette quête ? Dans cette vérité que nous recherchons tous en tant qu’humains ?
Ne pas jouer un rôle que je dois incarner, mais emprunter un chemin de sincérité.
Ne pas être dans une posture de force, mais dans une présence vraie.
Ne pas exercer un pouvoir, mais cultiver une conscience.
Eric Poelemans, auteur de « Chronique d’une conscience éveillée »


