L’auto-empathie, processus qui consiste en une écoute silencieuse, bienveillante et persistante de soi-même, – particulièrement de ses vécus et aspirations de l’instant – est un cadeau que chaque être humain devrait s’offrir quotidiennement !
En effet : tout va de soi quand tout part de soi ! Et comme « L’autre n’est jamais qu’un autre nous-même », quand on se comprend soi-même, on comprend mieux autrui.
Dans une époque où tout a tendance à s’accélérer et à devenir imprévisible ou incertain, nous avons intérêt à entretenir un lien solide et amical avec nous-même. Muscler notre capacité à rester stable et centré dans les défis de nos vies requiert de notre part l’engagement d’une pratique quotidienne car il est essentiel d’avoir tissé son parachute avant d’être amené à faire un saut de 5000 mètres !
L’auto-empathie est une forme de bon égoïsme, en cas de difficulté et en cas de vécu agréable.
En effet, grâce à elle, dans nos défis de vie, nous dynamisons notre élan vital et nous clarifions nos nœuds et/ou nos difficultés, ce qui nous permet ensuite de mieux gérer nos problèmes et/ou de dire à chaque être humain notre vérité plutôt que de lui asséner « ses quatre vérités ».
Et, lors de vécus agréables ou de succès, l’auto-empathie est précieuse parce qu’elle nous donne des clés pour repérer et savourer les vécus des choses positives de la vie, ce qui nous rend heureux, nourrit notre élan vital et dynamise notre santé.
Alors comment faire concrètement ?
Une auto-empathie débute par 4 R : Ralentir, Respirer, Regarder et Ressentir ce qui se passe en soi. Au cours des 3° et 4° R, on se pose deux questions fondamentales :
- Comment est-ce que je me sens ?
- À quoi est-ce que j’aspire dans cette situation ? (= quels sont mes besoins du moment ?)
À propos des aspirations ou besoins, il est bon de rappeler qu’il y a en chaque être humain comme un courant de vie qui le traverse, tel un appel, parfois puissant ! Ce courant de vie s’exprime sous forme de besoins ou aspirations, souhaits, rêves. Les aspirations humaines sont l’essence de ce qui vibre et vit en chaque être. Chacun.e de nous aspire à sentir en soi l’énergie vivifiante des besoins et des souffrances émergent lorsque ce courant de vie est bloqué. En effet, même si cela n’est pas toujours conscientisé, nous nous levons tous le matin avec l’espoir de satisfaire des besoins. Citons pêle-mêle les aspirations à apprendre, transmettre, aimer, vivre en sécurité, trouver du sens, vivre la joie, appartenir à une communauté, donner, recevoir, se sentir libre, se réaliser etc.
Exemple de l’importance de cette écoute de soi ainsi que du lien entre nos vécus et nos besoins :
Si un individu perd un travail qu’il appréciait, il peut arriver qu’il se juge, se dévalorise ou se désespère. Ou bien il peut décider de s’écouter avec empathie. Cette auto-empathie le protégera et le soignera s’il accueille avec bienveillance le fait qu’il est inquiet, stressé, découragé, déçu… et qu’il aspire à avoir la sécurité qu’il peut continuer à avoir une vie intéressante, nourrir sa famille et lui donner du confort ainsi que de la joie de vivre. Ensuite, l’accueil de ses diverses aspirations lui permettra d’explorer avec plus de justesse que faire par rapport à ses besoins inassouvis.
Cet accueil de soi a plusieurs conséquences :
– Remonter son énergie vitale.
– Éviter que sa douleur se transforme en souffrance (Quand une douleur/difficulté est complètement accueillie, elle s’allège !)
– Via la clarification de ses aspirations, explorer quelles actions pourraient satisfaire ses besoins du moment.
C’est donc crucial d’accueillir avec bienveillance ses vécus et aspirations plutôt que de rester bloqué dans une difficulté ou un jugement stérile.
C’est important de prendre le temps d’en perdre pour en gagner par la suite : S’écouter soi-même jusqu’à ce qu’on sente un changement intérieur favorable peut prendre du temps mais si l’on reste patiemment avec les 2 questions, des changements apparaissent sous diverses formes : clarté d’esprit, soulagement d’un inconfort, regain d’énergie et de bonne volonté ; diminution d’une colère, d’une tristesse ou d’un découragement, sens de liberté, remontée de la créativité etc.
C’est un travail de patience que de rester avec ces questions jusqu’à être au clair avec TOUS ses vécus et aspirations. Un mieux-être intérieur signale que l’on va dans la bonne direction !
Et ce n’est pas simple quand on a une famille, un travail, des responsabilités… ou qu’on a peur de la complexité ou de la vastitude de ce qui nous habite… Mais peu à peu, on peut ! Et c’est fascinant de voir comme on retrouve le bien-être et la clarté quand on passe d’idées noires ou de jugements négatifs – sur soi ou sur la vie -, à la conscience des vécus et aspirations que ces pensées dissimulent. Un jugement est nuisible pour celui qui le pense autant que pour celui qui le reçoit et il est impuissant à faire évoluer quoi que ce soit. Mais une magie se produit quand on découvre les besoins dissimulés derrière ses jugements : on se remet en lien avec le courant de la vie et on peut ensuite chercher des moyens pour satisfaire ses besoins. Et souvenons-nous que l’auto-empathie pour nos joies est également essentielle pour nous aider à savourer les événements favorables et à nous ressourcer !
Pour conclure, ajoutons que quand on ne s’écoute pas soi-même au cours de ses défis de vie, souvent notre corps souffre parce que nous le poussons au-delà de ses limites et ça l’amène à manifester son inconfort par des maladies, des décompensations, des burnout etc. Alors qu’inversement, l’auto-empathie a des effets bénéfiques sur la santé. Notamment : diminution du stress, augmentation de la sécrétion d’ocytocine, détente, confort, régénération du système nerveux parasympathique, amélioration du sommeil. Ainsi, selon le dialogue que nous entretenons avec nous-même, nous serons soit démunis et prisonniers de nos pensées négatives soit connectés à la puissance transformatrice de nos aspirations.
Prenons un autre exemple. Si on pense de quelqu’un ou qu’on lui dit : tu ne m’écoutes jamais, on peut supposer que ça ne lui donnera guère envie de nous écouter… Mais si on se donne un temps d’auto- empathie avant de s’exprimer, on peut découvrir : je suis frustré.e, ennuyé, las ou déçu… parce que j’aspire à des échanges équilibrés, j’ai besoin de plaisir dans mes échanges, d’être entendu dans mon point de vue, de préserver ma relation à moi et à l’autre etc. Après ce travail d’introspection, on peut ensuite s’adresser comme suit à la personne :
Quand je vois que je n’ai pas encore exprimé mon opinion ce soir (observation d’un fait), je sens que mon attention baisse (vécu) et je suis un peu distrait.e (vécu). J’aimerais m’exprimer parce que quand on a des échanges équilibrés (besoin) ça m’aide à rester attentif/ve et ça augmente le plaisir de notre amitié (besoin plus profond). Serais-tu d’accord que je te parle maintenant de mon point de vue ? (Demande concrète)
On voit ici que quand on connaît ses divers besoins (il y en a x niveaux !), on peut faire des demandes pour tenter de satisfaire ceux-ci.
Enfin, on gagne en puissance de changement en s’exprimant pour ses aspirations plutôt que contre l’autre. Il est donc plus sage et productif d’exprimer ses besoins plutôt que de pointer les manquements d’autrui.
Lisez à ce propos : Petit cahier d’exercices pour écouter ses besoins profonds et Je m’exprime avec fermeté et bienveillance. éd. Jouvence, par l’autrice de l’article.
Dr Anne van Stappen


