La charte auquel chacun souscrit au sein du RHB fait valoir la nécessité d’être authentique lorsque qu’un homme prend la parole au sein du cercle de son groupe ou s’apprête à écouter la parole de l’autre.
Par souci d’authenticité, je parle uniquement en « Je », à partir de ce que je ressens, de ce que j’ai traversé et de ce qui m’habite encore aujourd’hui. Cette manière de m’exprimer n’est pas anodine : elle est une invitation à revenir vers moi-même, à habiter ma vérité sans chercher à convaincre ni à impressionner. Parler en « Je », c’est accepter de me tenir devant l’autre sans masque, sans le refuge des opinions générales ou des concepts abstraits. C’est oser prendre la responsabilité de mon expérience intérieure, même lorsqu’elle demeure confuse, fragile ou encore en devenir.
Le cercle d’hommes est pour moi un espace privilégié où cette parole peut naître, se poser et se déployer. Il ne s’agit ni d’un lieu de performance ni d’un endroit où l’on vient donner des leçons. C’est plutôt un terrain profondément humain, où chacun arrive avec ses forces et ses limites, ses joies et ses blessures, son histoire unique faite d’élans, de ruptures, d’espoirs et parfois de silences trop longtemps gardés. Dans ce cadre, chaque expérience de vie peut être accueillie – non pas analysée ou jugée – mais simplement reconnue comme légitime parce qu’elle est vécue.
Au sein du cercle, j’apprends à écouter réellement. Non pas pour répondre, pour conseiller ou pour me comparer, mais pour laisser résonner en moi ce que l’autre partage. Cette écoute mutuelle crée une qualité de présence rare, presque palpable. Elle ouvre un espace où chacun peut se sentir vu, entendu, validé dans ce qu’il traverse. Souvent les hommes se privent de lieux d’expression authentique, alors qu’il leur est essentiel de se donner un cadre sûr pour explorer en livrant leur monde intérieur.
Le respect mutuel est la pierre angulaire de ce type de rencontre. Il ne s’agit pas d’être d’accord ou pas d’accord , mais de reconnaître la dignité et la profondeur de l’autre, même – et peut-être surtout – lorsqu’il parle de ses zones d’ombre. Le respect, ici, prend la forme d’une attention délicate, d’un non-jugement actif, d’un accueil inconditionnel de ce qui se dit. C’est une manière silencieuse de dire : « J’ai le droit d’être tel que je suis, et tu marches un moment à mes côtés pour m’écouter tout comme je le ferai ensuite à mon tour en t’écoutant »
Dans cet espace, je comprends peu à peu que mes propres paroles m’aident à me dévoiler à moi-même. En parlant depuis mon vécu, je donne forme à ce qui restait flou. Je découvre des forces insoupçonnées, mais aussi des peurs ou des vulnérabilités que je peux enfin regarder sans honte. Petit à petit, je sens que je ne suis plus seul avec mon histoire. Les récits des autres hommes font écho au mien, comme si nos destinées individuelles se répondaient en profondeur.
Ainsi, le cercle d’hommes devient plus qu’un lieu de parole : il devient un espace de transformation intérieure. Un lieu où l’authenticité n’est pas un concept théorique, mais une pratique vivante, exigeante parfois, mais profondément libératrice. Un lieu où la rencontre véritable – avec soi et avec les autres – redevient possible.
Par Jean-Claude Berlage ( Namur ) membre de l’OA de notre ASBL.


